D’emblée, la question philosophique est abordée : est-ce qu’on choisit une carrière ou est-ce la carrière qui nous choisit? Au jeu de l’œuf ou de la poule, Laurent Paquin applique la théorie de la relativité qui l’a inspiré pour son plus récent one man show « Si tu es quelqu’un de rationnel, c’est évidemment toi qui choisit ta carrière, parce qu’on a souvent tendance à se censurer, en se disant que tel ou tel domaine est trop contingenté. Mais quand on est à l’écoute et qu’on suit son instinct, c’est plus facile d’entendre l’appel », raconte l’humoriste Dans quelle catégorie se situe l’humoriste? Quelque part entre les deux. Plus jeune, Laurent savait qu’il était attiré par l’humour. Mais comme à l’époque la carrière d’humoriste n’était pas aussi concrète qu’aujourd’hui, il ressentait le besoin d’avoir un « vrai » métier. Il a donc quitté le domicile familial pour faire son nid au Cégep de Jonquière en Art et technologie des médias où il a appris les métiers de journaliste et d’animateur. Mais l’humour était toujours là, en arrière-pensée, de façon abstraite.
Puis, quand il a gagné le concours Cégep en spectacle, il s’est rendu compte qu’il ne faisait plus seulement de l’humour pour lui, les autres aussi pouvaient en bénéficier. Le signal était lancé… et Laurent l’a entendu. Dès lors, il savait que tous les emplois qu’il cumulerait ne seraient plus que des « jobines » en attendant d’embrasser sa profession : humoriste. « J’ai pris mon courage à deux mains, et je me suis inscrit à l’École nationale de l’humour. Ce qui m’a surtout motivé, c’est la peur d’avoir des regrets plus tard. Quand j’ai été accepté, je me suis dit que je ne suivrais pas ce cours pour ne pas en vivre un jour. J’étais vraiment motivé à aller au bout ». Cette volonté, Laurent Paquin ne la traduit pas en terme de visualisation. Le long terme, très peu pour lui. Il applique plutôt la théorie du positivisme, mais surtout de l’ardeur au travail. « Je ne crois pas en la pensée magique, ou l’ésotérisme véhiculé par des livres comme Le Secret. À mon avis, la seule façon de réussir dans la vie, c’est de se consacrer à un objectif précis sans s’éparpiller. J’ai pour mon dire qu’il n’y a rien comme le travail».
Une fois ce désir bien formulé, le doute peut toujours être de la partie. Pour l’humoriste, ses questionnements ne portaient pas sur son choix de carrière, mais surtout sur la façon de faire pour parvenir à ses fins. « Où doit-on cogner, qui va me donner ma première chance? », s’est-il demandé alors qu’il promenait ses numéros dans les bars du Québec. C’est finalement Radio Énergie Mauricie qui lui a donné l’opportunité de porter le chapeau d’humoriste de façon rentable pour la première fois. Quand il regarde son parcours aujourd’hui, il ne regrette pas du tout d’avoir étudié dans un autre domaine avant d’écouter sa passion « Je ne crois pas que j’aurais fait ma carrière d’humoriste si j’avais fait l’École Nationale de l’humour en sortant du secondaire. Je trouve que c’est important de s’instruire, d’avoir du bagage. Toutes les formations nous sont utiles d’une façon ou d’une autre, ce n’est jamais perdu. »
Malgré toute cette sagesse, Laurent Paquin s’avoue encore victime du syndrome de l’imposteur. Quand il a été convoqué pour l’audition de la comédie musicale Chicago, il se disait que ça ne fonctionnerait pas. Quand il a obtenu un rôle, il a failli refuser tant il se demandait ce que les producteurs lui trouvaient. « Je suis conscient de mes peurs, mais ça ne m’empêche jamais d’avancer. Je trouve qu’on fait souvent des montagnes avec des riens. Je me dis toujours que le pire qui peut arriver quand je prends un risque, ce n’est rien de grave. Par exemple, j’ai peut-être une opportunité pour faire des spectacles en Europe. J’ai la chienne parce que je me retrouverais dans une salle presque vide. Mais en même temps, le pire qui arriverait, c’est que je perde trois mois de ma vie. Mais à 50 ans, je ne me dirai pas, j’aurais donc dû yaller… » Le Secret de Laurent Paquin, c’est finalement son inconscience salutaire qui l’a mené à prendre les bonnes décisions. « Quand tu es positif, que tu prends la vie du bon côté, il t’arrive de bonnes affaires. Ce n’est pas magique, c’est simplement très concret et humain comme concept ». ME
