Aussi étonnant cela puisse paraître, c’est à 19 ans qu’Alexandre Barrette assiste à son premier spectacle d’humour en salle. Quand on lui demande sur quelle planète il vivait auparavant, sa réponse est sans équivoque le sport! « Je jouais au tennis tout le temps, j’étais même dans un programme sport-études ». L’idée de devenir humoriste ne lui avait jamais traversé l’esprit, trop occupé à renvoyer ses balles de l’autre côté du filet. Puis un soir, il se rend au Capitole pour voir Patrick Huard et le lendemain matin, il envoie une demande d’admission à l’École Nationale de l’Humour. Dire qu’il a aimé le spectacle serait un euphémisme. « Pendant six semaines, j’ai préparé un numéro de stand-up pour l’École Nationale de l’Humour. L’audition a été ma première performance comique à vie. Je n’avais jamais animé de galas ou de spectacles au secondaire. » Ce qui explique sa grande surprise, lorsqu’il apprend qu’il avait été choisi. Réaction partagée par les gens de son entourage! « Mes parents ont tous deux des formations universitaires, ma sœur est ergothérapeute et mon frère est ingénieur. Disons qu’avec mon domaine de bouffon, je détonne. Et c’est aussi un coup de tête qui coûtait cher, 7000 $ pour une année de formation à l’époque ». Mais le souvenir le plus intact qu’Alexandre conserve de cette période, c’est la réaction de son entraîneur de tennis qui lui a dit : « Je le savais, j’étais sûr de toi ». Ses autres proches se sont ralliés à cette conviction après avoir vu le premier spectacle qu’il a donné à la fin de sa première session.
L’Iceberg Visiblement, Alexandre n’a pas trop douté de la justesse de son choix de carrière. Le syndrome d’imposteur, très peu pour lui, même s’il se trouvait parmi des gens qui rêvaient de faire de l’humour depuis longtemps « L’humour, c’est pas comme le piano. Tu ne peux pas vraiment décider à 20 ans de t’inscrire au conservatoire de musique et devenir un grand pianiste si tu n’as jamais joué de cet instrument auparavant. Mais tu peux avoir un bon sens de l’humour même si tu n’as jamais fait de scène dans le passé. » Ce qui nous mène à sa théorie de l’iceberg. « Le stand-up ou les chroniques que je fais ne sont que la pointe l’iceberg. Le travail d’humoriste c’est en grande partie de peaufiner l’analyse des situations avec un potentiel comique, d’aiguiser ton regard. » Force est de constater qu’il a raison, puisque sa carrière est en constante ascension depuis sa sortie de l’école. Chroniqueur pour Midi Morency à CKOI, comédien dans Colocs.tv à Musiqueplus ou animateur à V, les contrats ont toujours suivi l’investissement en temps qu’il a mis dans sa carrière. « Ce qui est bien, c’est que mon public est vraiment large aujourd’hui. Je me fais reconnaître dans les écoles secondaires pour Colocs.tv, mais aussi dans les pharmacies par des personnes âgées qui écoutent mes chroniques à l’émission Pour le plaisir diffusée l’après-midi à Radio-Canada ». À travers tout ça, Alexandre trouve quand même le temps de peaufiner son premier one man show. « J’y vais tranquillement. J’ai fait deux spectacles à Montréal en avisant seulement mes fans sur Facebook. Je ne voulais aucun humoriste ni producteur dans la salle. L’important pour moi c’est de vraiment bien tester le matériel ». Une patience qui peut étonner quand on pense à l’impulsion de son orientation professionnelle « Je veux être sûr de ce que j’ai à offrir. J’ai vu trop de gens se lancer rapidement dans un premier spectacle solo et se planter. Je sais pertinemment que je suis meilleur sur scène que je l’étais il y a cinq ans, alors je suis content de la façon dont les choses se déroulent.» Comme quoi il est avantageux d’être l’iceberg plutôt que le Titanic. ME
